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CHRONIQUE / «J’ai transformé ma douleur en moteur. J’ai puisé dans ma détermination farouche et ma foi en l’action individuelle et collective pour ne pas sombrer. J’ai choisi de transformer la douleur personnelle et l’épuisement en une énergie canalisée vers un objectif plus grand que moi: l’amélioration tangible du statut des femmes et des filles. Ma guérison est passée par l’action et la solidarité. Prendre soin de soi est un acte politique. Nous guérissons ensemble pour mieux lutter.»
Ces mots sont ceux d’une Femme géante, vous en conviendrez. Burkinabè, elle porte l’action d’un organisme qui œuvre «à l’amélioration du statut et des conditions de vie de la jeune fille, notamment par le développement de l’exercice de ses droits et par le renforcement de ses capacités à prendre une place significative au sein de la société».
Le projet Femmes géantes, à l’initiative du Centre de solidarité internationale du Saguenay-Lac-Saint-Jean (CSI-SLSJ), a pour objectif de porter la voix de bâtisseuses d’espoir dont les propos résonnent puissamment dans nos cœurs et dans notre engagement quotidien pour la justice sociale.
Tant de femmes et de filles affrontent les violences de genre au quotidien – violences physiques, morales et psychologiques. Tant de manifestations aussi inhumaines les unes que les autres se reproduisent en boucle: mariages d’enfants, excisions, exclusion sociale, agressions sexuelles, féminicides.
Oui, encore aujourd’hui, en 2026. Encore aujourd’hui, en 2026, on observe des reculs concernant la condition des femmes dans le monde. En effet, les grands titres se succèdent et donnent froid dans le dos:
En 2024, plus de 50 000 femmes ont été tuées dans le monde, dont 22 600 en Afrique. En 2025, en Équateur, 56 femmes et 18 femmes trans ont été tuées en raison de leur identité de genre. En date du 3 février 2026, au Québec, déjà 6 femmes avaient été tuées par un partenaire.
«Notre société manque cruellement d’empathie, de considération et de compassion envers la douleur des autres. Chaque personne devrait cultiver des valeurs aussi fondamentales que la solidarité et l’humanité», nous partage une Femme géante équatorienne, dont la fille est l’un des visages de ces statistiques.
En effet, une société féministe, juste et inclusive passe par une transformation profonde et systémique, par des réseaux de soutien et de partage ainsi que par un engagement actif de l’ensemble de la population, toutes identités de genre confondues, comme alliée des luttes. Cette société féministe s’ouvre, accepte et dialogue. Elle s’engage à découvrir les expériences mutuelles.
Cette transformation passe aussi par la guérison et la bienveillance, pour toutes ces femmes qui portent les stigmates du patriarcat, qui ont livré des batailles épuisantes, qui ont douté, qui ont cherché leur place. Pour toutes ces femmes qui ont persévéré, qui ont transformé les regards sur leur statut de femme.
L’approche intersectionnelle est la seule voie possible dans le traitement des inégalités de genre. Les formes de discrimination s’entrecroisent et s’intensifient. Les femmes autochtones, trans, handicapées et à faible revenu, entre autres, sont plus vulnérables.
«Générations deboutte!»
Le 8 mars est la Journée internationale des droits des femmes. Pour souligner cette date importante, plusieurs initiatives sont organisées dans la région, notamment par les Collectifs 8 mars, qui ont choisi la thématique «Générations deboutte!» pour rappeler que c’est aussi dans la solidarité intergénérationnelle que réside la possibilité de transformer le monde. Des conférences ont eu lieu à Chicoutimi et à Saint-Nazaire. Le CSI-SLSJ a organisé un midi-échange à Alma et un Jeudi Cambio solidaire à Chicoutimi, des espaces sécuritaires pour discuter des luttes féministes.
Au nom de la résilience, de la résistance et de la militance, nous célébrons les Femmes géantes qui forgent notre monde.
Nous nous déclarons solidaires des actions de promotion et de protection des droits humains des femmes et des filles, ainsi que d’autonomisation sociale, politique et économique, que ce soit au Burkina Faso, en Équateur ou au Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Anabelle Bouchard, Martine Bourgeois, Pia Cerda, Francis Laroche, Ariane Lavoie, Sabrina Ostré, Élodie Rabenantoandro, Julien Renaud et Carol-Ann Savard
Les personnes cosignataires ont participé au midi-échange sur les droits des femmes et les luttes féministes du Centre de solidarité internationale du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
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